Le crime d’être parent
20 avril 2009Cette semaine, Guy Lafleur a subi son procès. Il a fait face à la justice criminelle dans un dossier où l’État, par l’entremise de la procureure de la couronne, lui reproche la commission d’un acte criminel. Encore en 2009, le démon blond demeure une idole nationale, un des meilleurs joueurs de hockey de sa génération, voire de tous les temps. On ne s’attend pas à le retrouver dans une Cour criminelle.
Comme tous les dossiers impliquant des gens connus, celui de Guy Lafleur reçoit une couverture médiatique particulière. On le voit entrer et sortir du palais de justice, discuter avec son avocat, on reprend les grandes lignes de sa prestation de témoin pour informer l’auditoire ou le lectorat du contenu de son témoignage.
En plus de satisfaire la curiosité ou d’alimenter le potinage, cette histoire devrait surtout nous inciter à réfléchir sur le rôle de parent : ses obligations, ses limites. Monsieur Lafleur fait les manchettes, comme son fils les avait faites avant lui, non pas parce-que les crimes reprochés sont inhabituels ou extraordinaires. Ils font la manchette parce que l’un est une vedette et l’autre est le fils d’une vedette.
Ceci étant dit, combien de dossiers en matière criminelle, quotidiennement dans les palais de justice, impliquent tout autant les parents de l’accusé que l’accusé lui-même? Combien y a-t-il de mères de famille qui attendent des heures dans les corridors vides que ce soit leur tour de prendre la parole pour témoigner en faveur de leur enfant? Oui, il va à l’école tous les jours, non elle ne consomme pas de drogue, oui il prend bien sa médication, oui sa maladie mentale est mieux contrôlée maintenant.
Combien de pères ont vidé leur compte de banque et ramassé une somme suffisante pour permettre à fiston de reprendre le chemin de la maison et éviter la prison? Combien d’entre eux ont été confrontés aux bris de condition de leur enfant par la suite et au dilemme moral et légal que cette situation provoquait pour eux?
Pour Guy Lafleur, le Juge rendra une décision basée sur la preuve qu’il a entendue, sur l’état du droit, de la jurisprudence. La question tournera autour de la capacité de la couronne à faire la démonstration hors de tout doute raisonnable que l’accusé avait sciemment l’intention de mentir à la Cour. C’est un fardeau exigeant. Pour Guy Lafleur, la justice criminelle va suivre son cours.
Je pense surtout aux autres parents qui regardent les nouvelles et qui lisent les journaux. Que cette triste histoire nous enseigne à tous les risques de cautionner ses enfants à un âge où ils sont devenus grands, autonomes, hors de notre contrôle. Un bon parent protège son enfant. Mais l’amour inconditionnel et le désir de supporter ses enfants dans leurs erreurs, leur détresse impliquent peut-être aussi d’y mettre un frein quand il y a des risques de dérapage.






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